Cet enfant que je n’ai pas connu ….

On dit qu’il n’y a pas de degré dans la douleur.
La douleur quelle qu’elle soit est égale à ce qu’elle est.
Je le pensais avant de perdre mon enfant …

Je m’en souviens comme si c’était hier …

Mon mari et moi vivions une période bien trouble. Entre notre instabilité professionnelle et la préparation de notre mariage, nos nerfs étaient mis à rude épreuve. Et je suis tombée enceinte à ce moment là.
Je n’aime pas le terme « tomber » car ça évoque une chute. Une chute se fait rarement sans douleur alors exceptionnellement j’utilise l’expression avec justesse.
Je me revois fumer ma dernière cigarette dans l’attente du verdict, ma maman à mes côtés.
D’une voix frêle, j’ai entendu au loin un « C’est … positif. »
C’est positif.
Voilà.
Ni une bonne nouvelle, ni une mauvaise, j’étais juste noyée dans un immense océan de soucis … Cette « nouvelle » tombait un peu comme une pierre dans une cavité sans fond. Sans écho.
J’ignore encore aujourd’hui pourquoi mais je n’ai eu aucun soutien à cette annonce. Mon mari s’est éloigné, ma mère également, on m’avait conseillé de n’en toucher mot à qui que ce soit avant les 3 mois d’usage.
J’étais donc seule. Personne n’a célébré cette annonce avec moi.

Avec ce bébé, j’ai vécu 5 mois. J’ai donc eu le temps de me faire à l’idée que j’allais être Maman.
5 mois où je l’ai rêvé. 5 mois où je l’ai apprivoisé. 5 mois où je l’ai aimé …

La veille de mon mariage, j’avais eu ce sentiment de ventre dégonflé. Une légère douleur qui s’est accentuée dans la nuit, jusqu’au petit matin où je me suis retrouvée assise aux toilettes un filet de sang entre les mains.
Complètement déconnectée de la réalité, je suis sortie de la salle de bain sans une larme et j’ai dit à ma mère : « Mon bébé est mort … Viens, je vais mettre ma robe »
Devant une telle réaction ma Maman s’est dit que j’avais sûrement perdu un peu de sang, que ça pourrait arriver. A 5 mois de grossesse, le risque de fausse couche est écarté, donc …
On avait prévu de passer aux urgences entre la cérémonie civile et l’église. Timing trop juste. Trop de choses en tête. J’avais bosser pour ce mariage. J’y avais laissé mon énergie, ma fierté, … désormais mon enfant. Non, j’irai après … plus tard … le soir … ou pas.
Je le savais au fond de moi. Je le savais.
Il était mort.
Et c’est le sourire figé, la boule dans la gorge et cette atroce douleur dans le bas du ventre que j’ai passé ma journée. Sans que personne ne se doute de quoique ce soit. Même pas mon mari …
J’ai dû supporter ces discours pleins de promesses sur une vie à 3 durant cette journée qui m’a parue être une éternité.
Alors je me suis lâchée.
J’ai volée une bouteille de vin que j’ai descendu dans les toilettes entre deux changes de serviettes hygiéniques avant de rejoindre le centre de la pièce et danser comme si j’étais intensément heureuse.
Je dois être une excellente comédienne … On y a vu que de la joie.
Jusqu’à la dernière minute, j’ai réussi le pari de dissimuler cette profonde blessure qui s’infectait au fil des heures …
A la maternité, l’échographie est tranchante … Le coeur ne bat plus. Et puis surtout, la nature est bien faite ( paraît-il … ), mon corps expulse naturellement le foetus.
Parce qu’en plus, je vais accoucher sans péridurale. Rien.
Mes cris étaient étouffés par des larmes.
J’ai serré les dents.
J’ai hurlé en silence.
J’ai fermé les yeux en les gardant ouverts.

Dans 1 mois, nous allons fêter nos 4 ans de mariage.
Dans 1 mois, je vais serrer les dents. Je vais hurlé en silence. Je vais fermer les yeux en les gardant ouverts …
Dans 1 mois, je vais revivre ce cauchemar.
Parce que les années n’effacent rien. On apprend à vivre avec.
Alors que mon entourage va me féliciter pour cette année supplémentaire de bonheur, moi je vais fêter quatre dates de torture absolue.
Et ce, malgré qu’aujourd’hui je suis la Maman de deux adorables enfants.
Nous vivons confortablement, nous sommes vraiment heureux. Tout est si parfait …
Mais chaque année, à cette même date, je ne peux m’empêcher de penser …
Qu’aurait été ma vie avec ce bébé ? A qui pouvait-il bien ressembler ?

Chaque année, chaque 5 Septembre, je pleure cet enfant que je n’ai pas connu.

Dans mon coeur, je suis la Maman de 3 enfants.
Il n’y a pas d’équation envisageable …

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