Le bébé que l’on attend. Impatiemment. A la folie.

 

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« Bonjour M.! », « Bonne nuit M.! », « Maman, je te laisse un petit bout de chocolat pour M. »,  » Elle arrivera avant ou après la neige M. ? », « Elle pèse lourd M. ? », « Elle bouge pendant la nuit M. ? », « Elle fait comment pour ne pas se noyer dans le nikid amotik M. ? », « Elle va ressembler plus à Isaac ou à moi M.? », « Elle va sortir par où M. ? », « Maman, va faire la sieste parce que M. doit être fatiguée … », « Elle pourra avoir des cadeaux de Noël aussi cette année M. ? »,  » On partira en avion avec M. l’année prochaine ? », « Elle va nous aimer M.? », « Elle va savoir qu’on est sa famille M.? », « Est-ce que je pourrai lui donner mes voitures Flash Mcqueen à M.? » … 

M. est attendue. Avec amour. 

Quand on attend un enfant, on appréhende toujours énormément la réaction des aînés. On nous met en garde contre la jalousie, comme si elle était une sainte logique dans une fraterie. Et c’est une donnée que je me suis toujours refusé de considérer. Du moins certainement pas comme une évidence.

Pourtant, dieu seul sait comment j’ai vu, enfant, d’un mauvais oeil l’arrivée de mes cadets. J’entends encore ma mère mettre mon attitude sur le compte de la jalousie. Il n’en était, très sincèrement, rien. Du tout.

Ce que je ressentais c’était surtout une grande perte. Ma place. Où était-elle désormais ? J’étais dans une sorte d’insécurité, perdue entre l’enfant que j’étais toujours et la demande  parentale de prendre en maturité presque instantanément. Parce qu’il en faut de la maturité pour accepter d’être une priorité recorrigée.

Et puis, je n’étais surtout pas préparée. J’ai vu le ventre de ma mère s’arrondir sans comprendre le projet, ni même ce qui allait se passer concrètement.  On ne m’a pas donné envie d’être grande soeur. Je comprenais surtout que EUX étaient heureux et que MOI j’allais devoir m’y faire. Mes parents étant séparés, j’ai vécu la situation de part et d’autres, en mode familles recomposées,  franchement pas les meilleurs souvenirs de ma vie.

C’est probablement ce qui a fait que lorsque Marley et moi avions décidé d’avoir un second enfant, nous en avions parlé à Noa. J’ai toujours vu ma famille comme une unité, un ensemble d’individus où chacun avait son mot à dire. Ca me semblait naturel de discuter de cela avec Noa, de prendre la température et SURTOUT la rassurer sur la place qu’elle aurait. La même au demeurant. Si elle désirait être considérée différemment, cela devait être son choix. Et non notre imposition.

Isaac a donc été accueilli comme un nouveau membre à part entière. Certainement pas, comme on le voit trop souvent, « le petit dernier » à cajoler plus que les autres.

Il en va de même pour ce troisième enfant. Notre éucation est basée sur la valeur première de la famille. La demande de l’agrandir est donc venue naturellement des enfants. Avec énormément d’insistance. On en a parlé dabord tous ensemble en les préparant aux changements pratiques et puis physiques … J’allais m’arrondir, être un peu plus fatiguée, les vacances allaient probablement être annulées, … si ils ont besoin d’être rassurés, il fallait surtout veiller à rester honnête et réaliste. Malgré cela, la demande était toujours aussi présente.

Alors à la question « est-ce toujours le même sentiment à chaque enfant ? », je réponds non. C’est différent. Tout est toujours différent. Parce que c’est un enfant différent et que le contexte l’est tout autant. Il y a des choses qu’on ne calcule pas à l’avance et la jalousie ne devrait pas être une donnée que l’on se met systématiquement en tête quand on pense aux aînés. Ca déculpabilise, sûrement, mais ce n’est pas une évidence. On n’annonce pas l’arrivée d’un bébé facon « Mon ange tu es tellement merveilleux que j’ai décidé que ce n’était pas assez, il nous fallait un autre enfant ! ». Clairement dans cette optique, comment peut on imaginer concilier l’arrivée d’un bébé avec la réjouissance de ses aînés ?!

Les erreurs que j’ai souvent entendues lors de l’annonce, c’est « tu es un grand MAINTENANT, tu vas bientôt être un grand frère ! » ou « Tu n’es plus un bébé MAINTENANT ! ». Franchement, non mais … Franchement … Comment peut-on imaginer que ça rassure ? Tout ce qu’on envoie comme message c’est « Va falloir commencer à te démerder coco parce qu’un petit bout arrive et je n’aurai plus le temps pour toi ! ». Ca part d’une bonne intention mais c’est complètement gauche.

Tout ce que ça va apporter, c’est une régression de sa part quand le bébé va pointer le bout du nez, juste pour vous signaler, comme vous semblez l’avoir oublié, qu’il a des besoins AUSSI importants que le petit bout fraîchement débarqué dans sa vie.

Ce que demande un enfant c’est d’être rassuré, de ne pas ressentir de pression quelconque, de ne pas voir arriver comme un char d’assaut, des changements soudains et brusques.

J’ai été silencieuse les 3 mois premiers mois par prudence médicale. Ensuite, je les ai impliqué dans mes choix. J’ai souvent posé des questions faussement innocentes… « Plutôt grise ou blanche la tenue pour la sortie de l’hôpital ? », « On prend quoi comme cadeau de Noël pour M. ? », « Roh, vous imaginez comme ça va être chouette les batailles de coussins quand on ira se coucher ??? Vous pensez qu’elle sera plus forte que vous à ce jeu là ? », « Hey mais qui va lui faire des câlins à l’heure du coucher ? Moi ? Mais … si je suis occupée avec Isaac ou toi Noa ? », « le bébé va se réveiller souvent la nuit, il se peut que le matin quand je fais vos tartines pour l’école je confonde vos déjeuners avec un biberon, tellement je serai fatiguée ! » *fou rire des enfants*… Des questions qui font comprendre qu’ils seront toujours là, acteurs de nos vies, sous les mêmes projecteurs, qu’on ne les oublie pas, qu’ils seront toujours cajolés.

Quand on parle du futur, on n’oublie personne et on n’en met pas un plus en lumière.

Ils seront 3. 3 êtres différents mais aimés, éduqués avec la même passion et intensité d’amour.