Mae.

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Rien ne me laissait deviner qu’en me rendant à une simple visite de contrôle, j’allais accoucher le jour même.

Nous sommes le 10 décembre quand le destin m’envoie à la clinique St Vincent. Ma gynécologue n’a pu me recevoir le jeudi précedent et me demande d’aller faire mon monitoring directement à la maternité, le samedi qui suit.

Je suis détendue, bien que atrocement fatiguée par cette fin de grossesse, quand la sage femme m’annonce qu’elle va procéder au toucher vaginal. C’est que le monito est plutôt clair, j’ai des contractions dignes d’un pic de Dantes et elle s’étonne que je ne sois pas tordue de douleur.

« Mais … Vous êtes ouverte à 4 ! Le col est raccourci …Bon, c’est pour aujourd’hui, vous ne rentrez pas chez vous ! »

A vrai dire, je n’ai réalisé la chose que lorsque j’ai eu ma fille dans les bras.

Me voilà partie pour la salle de travail, sourire aux lèvres. J’ai le temps d’embrasser chaleureusement mes enfants qui m’avaient accompagnée pour cette visite supposée être « de routine » et je charge Monsieur de les faire garder par nos ( précieux ) amis.

« Péridurale ? »

J’acquiesce dans un premier temps avant de la refuser. C’est peut-être mon dernier enfant, j’avais adoré mon accouchement sans péri pour mon fils, pourquoi ne pas remettre le couvert ? C’est l’appréhension qui m’a fait penser que j’allais peut-être en avoir besoin. J’étais comme dans un rêve. J’allais vraiment accoucher ? Alors que j’étais super en forme et que je ne ressentais aucune douleur ? Ca allait sûrement venir après … Tant pis ! Va pour un accouchement naturel. Ou du moins le plus possible.

Je suis donc restée ainsi sans trop souffrir jusqu’à être ouverte à 6. Là, tout est allé très ( trop ?) vite.

Je sens bébé descendre … Mon instinct fait que je passe un coup de fil à Monsieur parti rechercher les enfants chez nos amis pour les déposer chez notre voisine.

« Marley, faut que tu mettes la gomme. Je le sens, elle arrive ! »

« Je suis à 10 minutes de l’hôpital, je suis là »

« Je ne sais pas si je vais pouvoir att … AAAAAAAAAAAAAAAAAAAH »

Je laisse littéralement tomber mon portable sur le sol, j’appuie comme une dingue sur le bouton d’appel au dessus du lit et crie après la sage femme. Celle là même qui était à mes côtés 6 ans plus tôt pour ma fille et presque 4 ans pour mon fils.

« SANDYYYYYYYYY! »

Elle débarque en trombe accompagnée d’une stagiaire, elle a à peine le temps de lever le drap quand elle m’annonce que ça va être juste pour attendre la gynécologue de garde mais elle donne l’ordre à sa collègue de l’appeler d’urgence. On file au plus vite en salle d’accouchement et là, je ne peux plus rien contrôler.

Sort alors de ma gorge un son que je n’avais jamais produit auparavant. Presque … animal et intense.

Simultanément, Marley entre dans la pièce en courant suivi de la gynécologue et j’entends le premier cri de Mae. Il a tout juste le temps d’appuyer sur le bouton de son appareil photo. On a d’ailleurs un cliché flou qui prouve la rapidité des évènements.

Doux Jésus que cette enfant est belle …

Je savoure ce moment. Tellement que j’en pleure comme une enfant. Je n’avais pas pleuré lors de mes précédents accouchements. Mais là, je suis submergée. J’ignore encore pourquoi …

On me la prend des bras pour ses soins.

J’attends la délivrance totale, l’expulsion du placenta se fait anormalement attendre. On a dépassé les 30 minutes de rigueur, je sens que quelque chose ne va pas.

Il semblerait que le placenta soit accroché à mon utérus et qu’il faille aller le décrocher. Pour se faire, il faut m’endormir complètement. La manoeuvre est, me dit-on, particulièrement douloureuse.

Je refuse catégoriquement qu’on m’endorme ! Je ne veux pas, je me débats presque. L’anesthésiste désormais dans la pièce tente de me faire entendre raison mais je ne veux rien savoir. Non, c’est non.

Je l’ai regretté.

Je pense avoir vécu la pire douleur physique qu’il est humainement possible de supporter. J’en ai même perdu connaissance.

Quand j’ai retrouvé mes esprits, l’anesthésiste m’a dit qu’ils ont eu peur, que je suis passée à côté de quelque chose. Mais je n’en avais que faire, j’ai réclamé ma fille.

Ce n’est que le lendemain que j’ai réalisé ce par quoi j’étais passée … On s’est assuré de me faire comprendre que ce n’était pas anodin. Mon mari m’a confié que la scène était impressionante, il était étonnant qu’on ne l’aie pas fait sortir d’ailleurs.

Aujourd’hui, j’essaie d’occulter ce passage pour ne garder que le meilleur : ma fille.

Bienvenue au monde, MAE Leni Ana, mon amour.

 

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