La règle par 3, du désir à la réalité …

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L’idéal absolu dans mon schéma de la famille parfaite c’était un père, une mère, 3 enfants, un chien, une grande maison, un grand jardin et deux voitures.

Il ne manque que le chien.

Et de mon désir est née une réalité qui a dépassé l’image figée que je m’étais encrée dans la tête …

Concrétement, passer de 2 à 3 ça change quoi ?

La difficulté au quotidien est relative, tout dépend de la notion que nous avons de la difficulté et me concernant, je n’ai pas à me plaindre. Tout est surtout une question d’organisation et un nouvel ordre de priorités.

Par contre, d’un point de vue pratique, on ne va pas se mentir, passer d’une famille dite « classique » à une famille désormais qualifiée comme « nombreuse », voilà qui est moins évident …

Tout dans notre société semble être fait pour « deux adultes et un enfant » ou « deux adultes et deux enfants ». Quand on en a 3, on sent la troisième roue du carrosse légèrement grincer.

On s’en est aperçu lorsque nous avons réservé nos voyages pour 2017. Entre les hôtels faisant payer le prix fort pour cet enfant supplémentaire ( la théorie du bébé gratuit, c’est une bonne blague ! visiblement quand on passe à 3 enfants, elle n’est plus d’actu » ), les avions qui suivent la même politique de prix et l’obligation de se rendre dans des restaurants « familiaux », nous l’avons compris, on a passé un cap.

D’un coup, c’est comme si le monde s’acharnait à nous dire qu’il y a dans l’équation une donnée en trop.

Alors on vous le fait comprendre en creusant un trou dans votre porte-feuille mais également en vous jetant un regard tout neuf. Certains sont admiratifs, mais ils sont majoritairement plein de jugements péjoratifs !

Cette société est tellement encrée dans son confort individualiste que prendre la décision de fonder une famille et changer ses petites habitudes, de réduire ses plaisirs personnels au profit d’autres personnes que soi, fait paniquer. C’est effrayant.

Au diable les nombrilistes !

En gros, avoir 3 enfants, c’est surtout un problème d’espace et d’accommodement.

Mais c’est tellement minime comme soucis comparé à tout l’amour qu’on récolte. Je suis bien heureuse de faire un pied de nez à la normalité.

Alors oui avoir 3 enfants ça te coûtera plus cher que d’en avoir 2. C’est certain que tu dépenseras plus d’énergie et il ya fort à parier que tu reprendras un verre de vin supplémentaire à table au dîner MAIS c’est plus de « je t’aime »et d’amour.

Nous ne sommes pas des familles nombreuses.

Nous sommes des familles « pleines ».

De vie.

 

 

 

 

Mae.

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Rien ne me laissait deviner qu’en me rendant à une simple visite de contrôle, j’allais accoucher le jour même.

Nous sommes le 10 décembre quand le destin m’envoie à la clinique St Vincent. Ma gynécologue n’a pu me recevoir le jeudi précedent et me demande d’aller faire mon monitoring directement à la maternité, le samedi qui suit.

Je suis détendue, bien que atrocement fatiguée par cette fin de grossesse, quand la sage femme m’annonce qu’elle va procéder au toucher vaginal. C’est que le monito est plutôt clair, j’ai des contractions dignes d’un pic de Dantes et elle s’étonne que je ne sois pas tordue de douleur.

« Mais … Vous êtes ouverte à 4 ! Le col est raccourci …Bon, c’est pour aujourd’hui, vous ne rentrez pas chez vous ! »

A vrai dire, je n’ai réalisé la chose que lorsque j’ai eu ma fille dans les bras.

Me voilà partie pour la salle de travail, sourire aux lèvres. J’ai le temps d’embrasser chaleureusement mes enfants qui m’avaient accompagnée pour cette visite supposée être « de routine » et je charge Monsieur de les faire garder par nos ( précieux ) amis.

« Péridurale ? »

J’acquiesce dans un premier temps avant de la refuser. C’est peut-être mon dernier enfant, j’avais adoré mon accouchement sans péri pour mon fils, pourquoi ne pas remettre le couvert ? C’est l’appréhension qui m’a fait penser que j’allais peut-être en avoir besoin. J’étais comme dans un rêve. J’allais vraiment accoucher ? Alors que j’étais super en forme et que je ne ressentais aucune douleur ? Ca allait sûrement venir après … Tant pis ! Va pour un accouchement naturel. Ou du moins le plus possible.

Je suis donc restée ainsi sans trop souffrir jusqu’à être ouverte à 6. Là, tout est allé très ( trop ?) vite.

Je sens bébé descendre … Mon instinct fait que je passe un coup de fil à Monsieur parti rechercher les enfants chez nos amis pour les déposer chez notre voisine.

« Marley, faut que tu mettes la gomme. Je le sens, elle arrive ! »

« Je suis à 10 minutes de l’hôpital, je suis là »

« Je ne sais pas si je vais pouvoir att … AAAAAAAAAAAAAAAAAAAH »

Je laisse littéralement tomber mon portable sur le sol, j’appuie comme une dingue sur le bouton d’appel au dessus du lit et crie après la sage femme. Celle là même qui était à mes côtés 6 ans plus tôt pour ma fille et presque 4 ans pour mon fils.

« SANDYYYYYYYYY! »

Elle débarque en trombe accompagnée d’une stagiaire, elle a à peine le temps de lever le drap quand elle m’annonce que ça va être juste pour attendre la gynécologue de garde mais elle donne l’ordre à sa collègue de l’appeler d’urgence. On file au plus vite en salle d’accouchement et là, je ne peux plus rien contrôler.

Sort alors de ma gorge un son que je n’avais jamais produit auparavant. Presque … animal et intense.

Simultanément, Marley entre dans la pièce en courant suivi de la gynécologue et j’entends le premier cri de Mae. Il a tout juste le temps d’appuyer sur le bouton de son appareil photo. On a d’ailleurs un cliché flou qui prouve la rapidité des évènements.

Doux Jésus que cette enfant est belle …

Je savoure ce moment. Tellement que j’en pleure comme une enfant. Je n’avais pas pleuré lors de mes précédents accouchements. Mais là, je suis submergée. J’ignore encore pourquoi …

On me la prend des bras pour ses soins.

J’attends la délivrance totale, l’expulsion du placenta se fait anormalement attendre. On a dépassé les 30 minutes de rigueur, je sens que quelque chose ne va pas.

Il semblerait que le placenta soit accroché à mon utérus et qu’il faille aller le décrocher. Pour se faire, il faut m’endormir complètement. La manoeuvre est, me dit-on, particulièrement douloureuse.

Je refuse catégoriquement qu’on m’endorme ! Je ne veux pas, je me débats presque. L’anesthésiste désormais dans la pièce tente de me faire entendre raison mais je ne veux rien savoir. Non, c’est non.

Je l’ai regretté.

Je pense avoir vécu la pire douleur physique qu’il est humainement possible de supporter. J’en ai même perdu connaissance.

Quand j’ai retrouvé mes esprits, l’anesthésiste m’a dit qu’ils ont eu peur, que je suis passée à côté de quelque chose. Mais je n’en avais que faire, j’ai réclamé ma fille.

Ce n’est que le lendemain que j’ai réalisé ce par quoi j’étais passée … On s’est assuré de me faire comprendre que ce n’était pas anodin. Mon mari m’a confié que la scène était impressionante, il était étonnant qu’on ne l’aie pas fait sortir d’ailleurs.

Aujourd’hui, j’essaie d’occulter ce passage pour ne garder que le meilleur : ma fille.

Bienvenue au monde, MAE Leni Ana, mon amour.

 

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Le prénom.

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Choisir le prénom de son futur enfant n’est guère une mince affaire.

Entre l’envie d’originalité et de noblesse, on tombe souvent sur des choix assez cocasses qui, bien réfléchis, auraient dû tomber dans l’oubli.

Entre les prénoms qui commencent par la même syllabe dans une fraterie (Marc, Mathilde, Maéva ) ou les mélanges des prénoms des aînés ( Aude et Line donneront Audeline. Si, si, c’est du déjà vu ), on essaie d’évincer les initiales de mauvais goûts ( P.Q, W.C, … ) et les prénoms douteux ( Adolphe, Poutine, Donald, … ).

Ma fille aînée s’appelle Noa. Un hommage à une oeuvre que j’aime tout particulièrement, mettant en lumière les aventures d’une jeune poupée futuriste à la recherche de son identité réelle. En fouinant sur le net, j’ai appris que Noa était bien un prénom à 100% féminin, le masculin prenant un « H » et étant la version anglaise de « Noé ». Noa est un prénom hébreux qui signifie « en mouvement ». Un véritable coup de coeur partagé avec mon mari, d’autant plus que dans nos contrées, ce prénom a tendance ( malgré tout ) à être mixte. Et si il y a bien une chose qui me plaît, c’est bien de sortir des sentiers battus en tous domaines confondus.

Mon fils s’appelle Isaac. J’ai toujours aimé les prénoms bibliques. Quand j’étais ( très )petite, je regardais le journal télévisé durant le repas avec mon papa et je me souviens de la mort de Yitzhak Rabin. L’ex premier ministre est toujours apparu dans ma mémoire en association avec Yasser Arafat. J’adorais prononcer le prénom « Yitzhak ». Je m’amusais à le dire avec un accent assuré et c’est resté dans ma mémoire. Quand j’ai appris que mon bébé serait un garçon j’ai suggéré sa traduction à mon mari, à savoir « Isaac ». Il l’a validé sans hésitation.

Quel prénom allons nous donc donner à ce troisième enfant ? 

Sachant que les deux précédents portent des prénoms bibliques, était-il logique de continuer dans ce sens ? D’autant plus que nous aimons l’originalité.

Nous n’avons pas eu le temps de nous poser moult questions à vrai dire.

C’est en regardant une série télévisiée britannique, se déroulant durant l’époque victorienne, que l’on a eu une révélation. Une femme forte et noble y a un doux prénom, riche de sens. Je ne porte que très peu de crédit au hasard, il s’agit d’un prénom biblique qui possède une définition qui s’inscrit dans l’histoire d’une communauté dont nous faisons ( quelque part ) parties. 3 lettres, tout comme Noa, il est la traduction de « Marie » en vieil anglais. Langue que je chéris puisqu’il m’arrive de lire des Penny Dreadful en version originale. Il m’importait d’avoir le coeur net sur la signification EXACTE de ce prénom auquel on prête de multiples origines suivant la manière dont on le prononce. Et c’est là que ça se corse …

  • latin : déese romaine de la fertilité (printemps) et de la vie.
  • portugaise : « maman »
  • celtique/gaélique : dérivé de Maël, Maëlle qui veut dire, « prince » ou « chef ».
  • anglaise (ancien) : « mois de mai »
  • sanscrite : « illusion »
  • hébraïque : dérivé de Marie qui signifie « grâce » ou de Myriam [mar-yâm] qui veut dire « goutte de mer »

Nous concernant, puisque nous le prononcerons en anglais ancien, on a surtout regardé à la signification anglaise. De sites en sites, on aura notamment appris qu’il y avait énormément de femmes portant ce prénom en Nouvelle Orléans, fin XIXe début XXe. Protectrices des ombres et divinatrices, elles étaient réputées pour leurs liens avec l’autre monde. De nos jours, on les met à l’honneur un soir de Mai. Un évènement que nous aimerions vivre une fois dans notre vie car la ville est particulièrement en fête, tout comme le jour du carnaval qui la caractérise tant ( entre autres choses bien sûr, la Nouvelle Orléans n’est pas en reste rayon culture ).

Il me tarde de mettre un visage sur ce prénom.

Et il ne reste plus beaucoup à attendre avant l’arrivée de MAE.

à prononcer « mè » ( pas « meï » ni « maé », juste « mè » de manière très brève) 

 

8 mois – 33 sa – 3ème échographie

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En théorie, il ne reste que quelques semaines avant la venue au monde de M.

J’avais donc rdv, ce jour, pour la troisème et dernière échographie officielle avant l’arrivée du bébé.

Les échographies c’est toujours un moment plein d’émotions même après autant de temps ( et de fois ). Un coeur qui bat avec raisonnance et des mouvements furtifs, voilà qui nous empressent de concrétement serrer dans les bras, ce petit bout de soi.

Il m’a donc été confirmé que M. était, à l’instar de ses aînés, un très gros bébé. Estimée actuellement à 3 kgs, on prévoit un joli poupon situé entre 4kgs 500 et 5kgs, au finish.

Rien de bien étonnant, mes deux précédents bébés sont nés dans la même tranche, par voie basse, sans soucis.

Ce qui m’angoissait par contre, c’était la position foetale. En effet, bébé se présentait en siège complet jusqu’ici et j’imaginais devoir passer par la case césarienne au vu du grand gabarit.

Alors non seulement j’ai appris que ce n’était pas foncièrement le cas car elle n’est d’application que si c’est une première grossesse ou que le bassin est étroit, mais aussi que les accouchements par le siège se passent en général très bien. La différence est qu’au lieu de pousser au début, il faut tout donner au passage de la tête, autrement dit vers la fin.

Une brève explication qui m’a été donnée quelques minutes avant l’échographie où nous avons découvert un bébé en transversale ! Youhou.

Alors la transversale, c’est césarienne d’office. J’aurais préféré le siège. Mais à ce stade de la grossesse, le bébé a encore le temps de se retourner complètement, d’autant plus qu’elle était encore la tête en haut il n’y a pas deux semaines.

Quelques clics et conseils d’amies plus tard, je prends connaissance de techniques pour aider le foetus à trouver la bonne position.  Je vais donc m’appliquer à mettre toutes les chances de mon côté.

Quoiqu’il en soit, je me sens particulièrement sereine ces derniers temps. Tout est prêt pour son arrivée et l’impatience s’accroît. L’anxiosité est plus proche de l’éxcitation que de l’appréhension … Il me tarde.

Et malgré cela, je peux dors et déjà affirmer que cette grossesse sera passée BEAUCOUP trop vite. C’est mon unique regret …

 

 

Les photographies pro à la maternité, tu boycotteras.

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A quelques semaines de mon accouchement, je m’apprête à mettre hors de ma chambre, pour la troisième fois, le ou la photographe de l’hôpital.

Suis-je une mère indigne parce que je refuse des photos de naissance ? Non. Je ne le pense pas et même fraîchement mère de mon premier enfant je ne l’ai jamais pensé.

Malgré les hormones et mon immense joie de donner la vie, jamais je n’ai flanché face à ce traquenard. Appelons un chat, un chat, c’est un piège.

Dans la manière d’aborder les choses déjà … Le/la « professionnelle » rentre dans la chambre armé(e) de son engin et vous prend par les sentiments.

« Quel magnifique enfant ! », certains poussent même jusqu’au  « J’en ai vu de beaux bébés mais le vôtre … ».

C’est profondément irrespectueux de ne pas laisser la mère et son enfant au repos pendant ce désormais, et théoriquement, court séjour.

Si on met entre parenthèses le respect, soyons honnêtes, ces photos sont majoritairement horribles. Si. Je vous le promets. Elles le sont. Vous manquez peut-être d’honnêteté dans votre entourage ou au contraire, vous bénéficiez d’amis particulièrement attentionnés à votre égard, c’est super, mais ces photos sont moches.

Les pauses sont ringardes, votre tête n’est pas top et bien que j’entende parfaitement le but d’avoir un souvenir de votre séjour et des premiers jours de bébé, je vous suggère de demander à une infirmière de vous tirer le portrait avec un réflex. Ca ne vous coûtera pas un bras au moins, pour des photos franchement middle.

Alors, ne cédez pas trop vite et contrez les arguments à deux centimes. Sortir que ce sont les souvenirs des premiers jours de bébé, ça ne tient pas deux secondes. Vous n’allez pas me dire que vous n’avez pas déjà tiré, VOUS-MÊMES, 2000 clichés depuis que ce petit coeur a vu la lumière du jour ?!

Si vraiment vous souhaitez des photos professionnelles, faites appel à un photographe studio à votre retour à la maison. Parce que non seulement vous l’aurez choisi pour son style mais encore une fois, il ne vous demandera pas un poumon ( et un rein et demi ). La lumière et les conditions dans une chambre d’hôpital ne sont pas des facteurs favorables au professionalisme et donc au coût. C’est absolument ridicule.

Certes, le discours a l’air bien rôdé mais il est hors de question de tomber dans ce traquenard. Sérieusement, la décente d’hormones ça peut te faire faire de ces conneries !

C’est un commerce honteux qui profite du bonheur des parents. Ce n’est rien d’autre que cela.

Je suis ( définitivement ) consciente qu’un groupuscule de mamans doivent être satisfaites du furtif service photographie à la maternité, je l’entends bien, je m’adresse plutôt à ces mamans qui ont conscience que c’est de l’arnaque et qui n’osent pas dire non. Dans l’ensemble, les avis sont quasiment similaires. Les témoignages de déceptions et les coups de gueules PULLULENT sur la toile.

Pour vous faciliter la tâche, annoncez la couleur à une infirmière AVANT le passage du photographe ou chargez monsieur de le faire.

Mais sachez dire NON.

 

 

Le bébé que l’on attend. Impatiemment. A la folie.

 

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« Bonjour M.! », « Bonne nuit M.! », « Maman, je te laisse un petit bout de chocolat pour M. »,  » Elle arrivera avant ou après la neige M. ? », « Elle pèse lourd M. ? », « Elle bouge pendant la nuit M. ? », « Elle fait comment pour ne pas se noyer dans le nikid amotik M. ? », « Elle va ressembler plus à Isaac ou à moi M.? », « Elle va sortir par où M. ? », « Maman, va faire la sieste parce que M. doit être fatiguée … », « Elle pourra avoir des cadeaux de Noël aussi cette année M. ? »,  » On partira en avion avec M. l’année prochaine ? », « Elle va nous aimer M.? », « Elle va savoir qu’on est sa famille M.? », « Est-ce que je pourrai lui donner mes voitures Flash Mcqueen à M.? » … 

M. est attendue. Avec amour. 

Quand on attend un enfant, on appréhende toujours énormément la réaction des aînés. On nous met en garde contre la jalousie, comme si elle était une sainte logique dans une fraterie. Et c’est une donnée que je me suis toujours refusé de considérer. Du moins certainement pas comme une évidence.

Pourtant, dieu seul sait comment j’ai vu, enfant, d’un mauvais oeil l’arrivée de mes cadets. J’entends encore ma mère mettre mon attitude sur le compte de la jalousie. Il n’en était, très sincèrement, rien. Du tout.

Ce que je ressentais c’était surtout une grande perte. Ma place. Où était-elle désormais ? J’étais dans une sorte d’insécurité, perdue entre l’enfant que j’étais toujours et la demande  parentale de prendre en maturité presque instantanément. Parce qu’il en faut de la maturité pour accepter d’être une priorité recorrigée.

Et puis, je n’étais surtout pas préparée. J’ai vu le ventre de ma mère s’arrondir sans comprendre le projet, ni même ce qui allait se passer concrètement.  On ne m’a pas donné envie d’être grande soeur. Je comprenais surtout que EUX étaient heureux et que MOI j’allais devoir m’y faire. Mes parents étant séparés, j’ai vécu la situation de part et d’autres, en mode familles recomposées,  franchement pas les meilleurs souvenirs de ma vie.

C’est probablement ce qui a fait que lorsque Marley et moi avions décidé d’avoir un second enfant, nous en avions parlé à Noa. J’ai toujours vu ma famille comme une unité, un ensemble d’individus où chacun avait son mot à dire. Ca me semblait naturel de discuter de cela avec Noa, de prendre la température et SURTOUT la rassurer sur la place qu’elle aurait. La même au demeurant. Si elle désirait être considérée différemment, cela devait être son choix. Et non notre imposition.

Isaac a donc été accueilli comme un nouveau membre à part entière. Certainement pas, comme on le voit trop souvent, « le petit dernier » à cajoler plus que les autres.

Il en va de même pour ce troisième enfant. Notre éucation est basée sur la valeur première de la famille. La demande de l’agrandir est donc venue naturellement des enfants. Avec énormément d’insistance. On en a parlé dabord tous ensemble en les préparant aux changements pratiques et puis physiques … J’allais m’arrondir, être un peu plus fatiguée, les vacances allaient probablement être annulées, … si ils ont besoin d’être rassurés, il fallait surtout veiller à rester honnête et réaliste. Malgré cela, la demande était toujours aussi présente.

Alors à la question « est-ce toujours le même sentiment à chaque enfant ? », je réponds non. C’est différent. Tout est toujours différent. Parce que c’est un enfant différent et que le contexte l’est tout autant. Il y a des choses qu’on ne calcule pas à l’avance et la jalousie ne devrait pas être une donnée que l’on se met systématiquement en tête quand on pense aux aînés. Ca déculpabilise, sûrement, mais ce n’est pas une évidence. On n’annonce pas l’arrivée d’un bébé facon « Mon ange tu es tellement merveilleux que j’ai décidé que ce n’était pas assez, il nous fallait un autre enfant ! ». Clairement dans cette optique, comment peut on imaginer concilier l’arrivée d’un bébé avec la réjouissance de ses aînés ?!

Les erreurs que j’ai souvent entendues lors de l’annonce, c’est « tu es un grand MAINTENANT, tu vas bientôt être un grand frère ! » ou « Tu n’es plus un bébé MAINTENANT ! ». Franchement, non mais … Franchement … Comment peut-on imaginer que ça rassure ? Tout ce qu’on envoie comme message c’est « Va falloir commencer à te démerder coco parce qu’un petit bout arrive et je n’aurai plus le temps pour toi ! ». Ca part d’une bonne intention mais c’est complètement gauche.

Tout ce que ça va apporter, c’est une régression de sa part quand le bébé va pointer le bout du nez, juste pour vous signaler, comme vous semblez l’avoir oublié, qu’il a des besoins AUSSI importants que le petit bout fraîchement débarqué dans sa vie.

Ce que demande un enfant c’est d’être rassuré, de ne pas ressentir de pression quelconque, de ne pas voir arriver comme un char d’assaut, des changements soudains et brusques.

J’ai été silencieuse les 3 mois premiers mois par prudence médicale. Ensuite, je les ai impliqué dans mes choix. J’ai souvent posé des questions faussement innocentes… « Plutôt grise ou blanche la tenue pour la sortie de l’hôpital ? », « On prend quoi comme cadeau de Noël pour M. ? », « Roh, vous imaginez comme ça va être chouette les batailles de coussins quand on ira se coucher ??? Vous pensez qu’elle sera plus forte que vous à ce jeu là ? », « Hey mais qui va lui faire des câlins à l’heure du coucher ? Moi ? Mais … si je suis occupée avec Isaac ou toi Noa ? », « le bébé va se réveiller souvent la nuit, il se peut que le matin quand je fais vos tartines pour l’école je confonde vos déjeuners avec un biberon, tellement je serai fatiguée ! » *fou rire des enfants*… Des questions qui font comprendre qu’ils seront toujours là, acteurs de nos vies, sous les mêmes projecteurs, qu’on ne les oublie pas, qu’ils seront toujours cajolés.

Quand on parle du futur, on n’oublie personne et on n’en met pas un plus en lumière.

Ils seront 3. 3 êtres différents mais aimés, éduqués avec la même passion et intensité d’amour.

 

 

 

Celle qui dispensait sa fille de faire la bise …

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J’avais remarqué depuis un temps que pour Noa, donner la bise à un étranger au nom des conventions sociales imposées, lui était particulièrement dérangeant.

Depuis toute petite, on m’a toujours appris qu’il était bienséant d’avoir un contact physique pour saluer. Or, ça me mettait également très mal à l’aise. J’ai malgré tout pris le pli avec les années.

Un jour, nous traversions la rue et nous avions croisé une connaissance qui l’a quasiment obligée à lui faire la bise.

C’était trop pour moi.

Ce « baiser social » n’est que culturel. Aux états unis par exemple, le geste surprend alors que donner une accolade est bien plus répandu. Dès lors, quand est ce que la coutume a dépassé ses limites pour devenir un devoir ? 

Chacun doit être libre de disposer de son corps comme il le souhaite.

Voilà ce qui devrait être universellement enseigné, à mon sens. C’est capital pour que l’on puisse prendre conscience que le NON est un droit absolu. D’autant plus à notre époque.

Ainsi, avec l’appui de ma moitié, nous avons pris le temps de l’expliquer à Noa dans un premier temps avant de le faire comprendre à Isaac.

Si Isaac par son jeune âge se sent encore dans l’obligation de rendre la pareille à une joue tendue, Noa donne désormais la main. Nombreux sont les adultes qui lui répondent favorablement en la félicitant car elle ne manque jamais de donner la raison de son geste.

« Je préfère donner la bise à Papa et Maman »

Cependant, quand elle le souhaite, elle a ce droit PROPRE d’avoir une proximité quand cela lui chante.

En tant que femme, je trouve essentiel d’inculquer à ma fille ses droits AVANT ses obligations. Mais c’est également essentiels de les inculquer à son frère car les changements majeurs à effectuer  dans ce monde ne se feront pas l’un sans l’autre genre.

Je suis donc cette mère qui pense que de pousser un enfant à faire un bisou contre son gré revient à lui signifier qu’un adulte peut lui imposer d’autres gestes contre son gré.